Critique de “La Nuit est tombée” (2025)
La Nuit est tombée s’impose dès ses premières images comme une œuvre cinématographique profondément atmosphérique. Réalisé par Marc Delaroche, ce thriller psychologique nous plonge dans une petite ville isolée où l’obscurité semble cacher bien plus que des secrets ordinaires. L’esthétique du film, faite de contrastes entre la lumière vacillante des lampadaires et les ténèbres presque palpables, crée une ambiance oppressante qui accompagne chaque mouvement des personnages. Dès l’ouverture, on ressent une tension sourde, comme si chaque recoin de l’écran dissimulait une menace invisible.
L’histoire suit Claire, une jeune femme revenue dans sa ville natale après plusieurs années d’absence, interprétée avec intensité par Adèle Exarchopoulos. Confrontée à des disparitions mystérieuses qui coïncident avec son retour, elle découvre progressivement que ses propres souvenirs d’enfance sont liés aux événements troublants qui secouent la communauté. Le scénario, tout en mêlant enquête, drame familial et éléments surnaturels, explore la fragilité de la mémoire et la frontière floue entre réalité et hallucination. Ce mélange entre thriller psychologique et horreur subtile rappelle les grandes traditions du cinéma européen, tout en apportant une modernité captivante.
Les performances du casting renforcent la puissance émotionnelle du film. Aux côtés d’Exarchopoulos, Romain Duris incarne un policier local rongé par ses propres démons, tandis que Léa Seydoux apporte une dimension mystérieuse et envoûtante dans le rôle d’une femme dont les intentions demeurent ambiguës. Chacun des acteurs offre une prestation nuancée, jouant sur des silences, des regards et des gestes plus que sur de longs dialogues. Cela donne au spectateur le sentiment d’assister à une véritable descente psychologique, où l’on doute en permanence de la fiabilité de ce qui est montré à l’écran.
Techniquement, La Nuit est tombée impressionne par sa photographie et sa bande sonore. Les plans nocturnes, souvent éclairés par des sources de lumière naturelles ou vacillantes, accentuent l’idée d’un monde incertain, où chaque détail peut devenir menaçant. La musique, signée par Alexandre Desplat, évite les envolées orchestrales trop faciles pour privilégier des nappes sonores discrètes, parfois à peine audibles, qui font naître un sentiment d’inquiétude persistante. Le travail du montage, quant à lui, alterne des séquences lentes et contemplatives avec des accélérations soudaines, ce qui entretient une tension constante.
En définitive, La Nuit est tombée est une œuvre marquante du cinéma français contemporain. Plus qu’un simple thriller, le film explore la peur intime de l’inconnu et la fragilité de l’esprit humain lorsqu’il est confronté à ses propres fantômes. C’est une expérience immersive qui ne se contente pas de faire frissonner, mais qui pousse à réfléchir sur notre rapport à la mémoire, à la vérité et à la noirceur enfouie en chacun de nous. Un film à la fois troublant et fascinant, qui restera sans doute comme l’une des plus belles surprises de 2025.